Louisiane – du 10 au 09/01/2020

Vendredi 10/01/2020 : Nouvelle Orléans – Plantations – Saint Francisville : 5ème jour 

Tout commence par 30 minutes de marche pour retourner chez Budget récupérer la voiture que nous n’avions pas pu avoir hier soir… Puis nous partons sous de terribles averses qui ne nous laisse pas augurer une superbe journée. Hightway, zones commerciales, industries, un bout du lac Ponchartrin … non la route n’est pas terrible et même quand nous prenons une « nationale » c’est pareil…

La journée est réservé à la visite des plantations bordant le Mississippi, véritable canal commercial obligatoire dont les rives ont été complètement annexées par les grandes familles de planteurs. Les grandes maisons blanches à colonnades, le faste, les belles robes, le luxe, l’argent qui coule à flot d’un côté et de l’autre des hommes exploités, avilis, privés de tout et surtout de liberté qui ont inventés un art de vivre au travers de leurs chansons d’où vient le blues, le rock… La guerre de Sécession, conduite par les états du nord jaloux de la richesse du sud dont les grands propriétaires en sortirent un peu moins riches et les esclaves un peu moins pauvres et guère plus libres. Avant la guerre, les maîtres avaient tous les droits sur leurs esclaves même de vie ou de mort, travail forcé, viol systématique malgré que ces derniers assuraient la prospérité des plantations… d’ailleurs le statut d’esclave se transmettait par les mères, les enfants nés de viols par les planteurs étaient toujours esclaves et malgré leur demi gène et n’étaient pas affranchis par les maîtres même si certains étaient un peu mieux traités !

L’après guerre, le Code Noir laisse place aux lois ségrégationnistes Jim Crow instituant la ségrégation raciale dans les lieux publics. Les anciens esclaves affranchis, mais toujours illettrés, sans culture ni connaissance de leurs droits, ne sachant pas où aller retournèrent ou restèrent dans les plantations. Les anciens maîtres étaient contraints de les payer, ce qu’ils firent en coupons échangeables dans le magasin de la plantation où les prix étaient fixés par le propriétaire ainsi que le loyer pour l’occupation de leur case d’esclaves promues maison d’ouvriers… ce système a perduré jusqu’à l’abolition de la ségrégation en 1965 et si certaines cases sont encore présentes c’est qu’elles ont étaient habitées jusque dans les années 1970 !!! Par contre dans d’autres plantations comme à Rosedown plantation, les 300 sharecroppers rémunéraient la terre mise à disposition en partageant les bénéfices qu’ils en tiraient avec les propriétaires … Ce qui est certain c’est la rivalité que se sont livrés les Anglais, Français et Espagnol en Louisiane avant d’être laminés par l’Union, on ne parle plus les langues du pays mais l’anglais seulement !

Nous commençons par Whitney Plantation qui est la seule entièrement consacrée à l’esclavage de par la seule volonté de John Cumming, riche avocat de Nola, qui a racheté le domaine en 1999. Le musée a été financé par lui et découle d’un long travail menée par un historien sénégalais Ibrahima Seck. Ancien enseignant de l’Université de Dakar, installé aux Etats-Unis depuis 2001, c’est lui qui a notamment retrouvé les prénoms des 254 esclaves qui ont travaillé sur la plantation Whitney, prénoms gravés sur le mur d’honneur de la plantation.

La visite débute par la première église baptiste construite dans la région par les affranchis, présentant des statues d’enfants réalisées à partir de témoignages collectés par des historiens dans les années 30 et des photos d’époques. Les sculptures d’enfants grandeur nature sont représentatives de personnes nées en esclavage avant la guerre civile, dont beaucoup ont été interviewées en tant qu’adultes pour le Federal Writers Project pendant la Grande Dépression. Ces histoires orales de centaines des derniers survivants de l’esclavage ont été recueillies et publiées par le gouvernement fédéral, afin de préserver leurs histoires.

Puis les mémoriaux gravés des prénoms des 254 esclaves qui vécurent ici, les cages de fer dans lesquelles les esclaves étaient enfermés durant les marchés aux esclaves, des cases modestes bordées de bouilloires en fer, rappelant le travail de la canne à sucre… et la maison des maîtres assez petite car construite à la fin de XVIII. Ici c’est la culture du riz puis de l’indigo et enfin de la canne à sucre qui a fait la fortune de la plantation.

Sur la route vers les prochaines plantations, nous déjeunons chez B&C Seafood Inc. Quelle merveilleuse surprise ! Restaurant typique avec plats savoureux cajuns et créoles, dans son jus et fréquenté par les locaux. Notre premier Gumbo, poulet pour moi et seafood pour Val, Accueil chaleureux par la serveuse et service rapide.

Un peu plus loin Oak plantation et sa superbe allée de chaînes tricentenaire que nous ne visitons pas mais passons juste devant pour prendre la photo. Pour éviter un accident nous passons par la piste cyclable circulant sur le dessus de la digue, heureusement personne ne venait en sens inverse, petite descente par le gazon à la fin :0). Entre les deux St. Joseph Plantation Felicity Plantation que nous photographions de la route seulement.

Laura Plantation, la seule à avoir un tour en français et c’est super agréable de tout comprendre :0) et surtout super intéressant car le point de vue est de raconter l’interaction entre 7 générations, sur 200 ans, entre les propriétaires et leurs esclaves. C’était la plus grande et la plus importante de la région. La maison aux couleurs d’origine a été préparée en kit pièces numérotées et assemblées en 11 jour. Malheureusement elle brûlât en 2004 et fut entièrement reconstruite en 2007. On suit les traces de la famille Duparc-Locoul (1861-1963) grâce aux mémoires de la petite fille du fondateur Laura Locoul, dont nous avons acheté le livre. Ça nous permet de saisir les liens complexes qui unissaient les maîtres et certains esclaves qui devenaient au fil du temps membre de la famille sans avoir les mêmes droits « Intégration ne veut pas dire égalité » même pour des enfants nés d’un membre de la famille et d’une esclave. Joseph, notre guide, nous explique aussi la descendance du maître des lieux au travers des enfants qu’il a eu avec des esclaves, ou bien l’inventaire des biens lors d’une succession indiquant le prénom, l’origine et la valeur des esclaves, ces derniers étaient considérés comme des meubles et pouvaient être achetés, vendus et même hypothéqués si besoin !

C’est pas tout mais nous avons du chemin à faire pour gagner notre habitation du soir après Saint Francisville. Sur la route dans la lumière des phares des biches nous accueillent et nous apercevons deux tatous… nous en retrouvons un mort sur le bord de la route le lendemain en train de se faire bouffer par des charognards locaux … le pauvre ;( Nous arrivons enfin à trouver Greenwood plantation. La chambre que nous avons louée, la 3, donne sur le parking, nous changerons le lendemain pour la 4 juste au dessus beaucoup plus grande et avec un king size bed…

Nous repartons dîner en ville chez The Francis Southern, grand, ouvert, aux portions imposantes, bon. Huîtres chaudes gratinées, au gout de fromage, salade de la mer et Catfish pané pour moi.

Route totale du jour 218 miles

Samedi 11 janvier 2020 : Saint Francisville : 6ème jour 

Comme nous nous logeons sur une plantation autant visiter la maison juste en face, gratuitement en plus. La plantation Greenwood a été construite en 1830 par William Ruffin Barrow dans le style d’architecture néo-grecque avec 28 colonnes entourant le manoir un bel exemple de colonisation classique du Sud. La maison d’origine a brûlé en 1960 à cause de la foudre, ne laissant que les colonnes et les marches du perron. Il a été reconstruit par le couple Barnes, enterrés sur le domaine, à l’identique au milieu de multiples allées de chênes majestueux et drapés de mousse espagnole. Le mobilier comprend de belles pièces originales de la famille Barrow datant de 1830. La propriété a servi à de nombreux tournages de films tels que Louisiane, Nord et Sud, GI Joe II et Jeepers Creepers III, Bonnie and Clyde…. Les briques ayant servies à la construction ont été fabriquées avec de l’argile du terrain, l’excavation a été remplie d’eau formant l’étang actuel.

Puis l’après midi Rosedown plantation (12$ pp), superbe maison restaurée de style néogrec fondée en 1835 avec la volonté des propriétaires de faire un jardin exceptionnel avec des essences rares et diverses variées de fleurs qu’ils faisaient venir de tous les Etats. Un pin à encens de plus de 300 ans, équipé d’un paratonnerre, plus loin un chêne Live Oak de 250 ans splendide recouvert de mousse espagnol, ces longs filets verdâtres tombant des branches… les diverses dépendances, nous y trouvons la description des différents types d’esclaves en fonction de leur origine racial et même le prix de chacun… Puis vient à 15h00 la visite guidée de la bâtisse, en groupe et en anglais bien entendu, des deux étages pour une fois. Tout le mobilier est d’époque et nous déambulons dans les pièces recevant des explications plus ou moins compréhensibles… Le mobilier d’origine a conservé son emplacement initial : tapis d’Aubusson, chandeliers en cristal de Baccarat, papier peint Dufour, broderie cousue par Martha Washington (la femme du premier président des États-Unis) et chambre à coucher en bois de rose de style gothique, salle de bain rudimentaire, les esclaves devaient remplir le réservoir en grimpant à une échelle, le chasse-mouche de la salle à manger, le livre pour apprendre le français…

Un petit tour par le supermarché local pour le dîner de ce soir. Nous hallucinons sur l’achalandage de certains produits comme la viande, les surgelés, ou les gâteaux mais aussi les étiquettes de quelques bouteilles et même la taille XXXL de clients…

Nos mets du soir sont très light ;o), nous prenons l’apéro sur la terrasse, seuls, face à la maison, juste à temps pour voir le coucher de soleil. Nous dînons seuls dans la salle à manger laissée à la disposition des clients pour cette occasion.

Demain, nous changeons d’état en passant au Mississippi direction Natchez

Trajet de la journée : 261 miles

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